Les « Carnets d’une Bourgeoise déchue »

Diane Rauscher-Kennedy écrit comme on mitonne habilement de bons petits plats. Si quelques autres s’adonnent parfois à une cuisine à l’esbroufe, ses recettes singulières s’inspirent toujours d’une pure sincérité car elle dit préférer de loin le naturel. Par goût.

Le texte est généreux et authentique parce qu’elle y met souvent un peu de ceci, extirpé en douce du fond d’un élégant placard des souvenirs, et beaucoup de cela,délicieusement extrait d’un coquet recoin de la mémoire. Les mots sont tour à tour sucrés,salés, poivrés, épicés ou pimentés. Mais ils ne sont jamais aigres, ni âcres, ni amers.Rondement inspirés par Diane et impatients d’être enfin publiés, les « Carnets d’une Bourgeoise déchue » en ont fini de cavaler sous sa plume. « Ce sont les âneries d’une enfance au sein d’une famille de déjantés,» résume sans ambages l’égérie du livre.A larges doses d’un humour « so british »qu’elle distille adroitement au gré des pages,l’auteure retourne bien volontiers à Dudleyou à Birmingham pour cavaler avec malice derrière son adolescence dans une Angleterre bien comme il faut. Avec l’aréopage familial, on y rencontre notamment la très respectable « Madame Mère ».Au détour d’un hier qui fleure encore bon la bonne fortune d’antan, on y croise aussi Nana, l’admirable grand-mère…Les beaux jours s’enivrent de la vie facile et se grisent de l’argent et du luxe. « Jolie maison, jolis revenus, mari adoré… » d’après Diane qui, avec un tantinet d’ironie dénuée de regret ou de rancoeur, en dresse le charmant tableau. Pourtant, sournoisement frappé d’une méchante gueule de bois, son destin vacille et s’écroule. Plus douloureuse est la chute quand, pour seule échappatoire,il n’y a guère que la stricte perspective d’une vie complètement nouvelle où la rigueur s’érige souvent en un lot quotidien.

Diane s’est relevée en s’agrippant à son appétit de vivre et elle n’est plus vraiment celle qui est tombée.Elle a fait de son humble bienveillance une richesse que le partage ou qu’elle donne de bon coeur et,dès que sa préoccupation des autres en souffrance lui accorde le répit, elle offre les couleurs de son talent à la toile. Cotée à Drouot, Diane vend ses oeuvres au profit de Promo Arts, l’association qu’elle préside pour venir en aide aux enfants malades du cancer.« Chaque échec est la preuve de nos futurs succès, »assure l’artiste-peintre. « Je veux, poursuit-elle, laisser des traces de joies, de rires et un peu de toutes ces choses qui font terriblement avancer… ». 

Alain Baudin

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